Une nouvelle hiérarchie mondiale
La Grande transformation [...] qui se manifeste dans les relations internationales au moment où s'achève la deuxième guerre mondiale, c'est le « reclassement » qui s'est établi [...] non seulement entre les forces respectives des grands États, mais aussi entre le rayonnement des grandes civilisations.
L'Europe Occidentale et Centrale avait longtemps dominé la vie politique et économique du monde [...]. En 1945, les intérêts européens dans la vie générale du monde sont plus profondément atteints qu'ils ne l'avaient été vingt cinq ans auparavant. [...] L'Europe est morcelée plus profondément que jamais ; elle a vu s'effondrer les fondements financiers de sa puissance et disparaître la majeure partie de ses forces armées, militaires ou navales, elle est « envahie par le doute », elle a perdu - selon la remarque de Charles Moraze - son « originalité créatrice » dans les domaines des sciences et des techniques [...]. Enfin, bien que la culture européenne garde une force de rayonnement, les valeurs intellectuelles sur lesquelles elle repose sont mises en question depuis qu'elle subit la concurrence des civilisations américaines ou russes. En contraste avec ce déclin, s'affirme la puissance des États-Unis et celle de l'URSS.
Les États-Unis étaient déjà la première puissance industrielle du monde. Ils ont maintenant acquis le premier rang dans presque tous les domaines qui confèrent les moyens d'action dans la politique extérieure : puissance des armements grâce à l'avance prise dans l'exploitation de l'énergie atomique, à la supériorité acquise sur les mers et l'installation de bases navales et aériennes ; puissance de la marine marchande ; puissance financière qui leur assure la prépondérance dans les mouvements internationaux de capitaux, [...] force de rayonnement de la Charte de l'Atlantique autour de laquelle leur appel a rallié une large part des peuples du monde.
L'URSS, en 1945, est encore loin de posséder tous ces avantages ... Pourtant elle garde le prestige que lui a valu l'extraordinaire redressement dont elle s'est montrée capable après les désastres de 1941 et 1942. Elle a surtout la puissance militaire [...] ; elle est bientôt seule dans le monde à posséder une grande armée, car les États-Unis décident la démobilisation de leurs forces.
Pierre Renouvin, Histoire des relations internationales, Tome VIII, Les crises du XXe siècle, Hachette, 1956
Consignes :
Dégager le contexte historique du texte en l'illustrant par deux faits historiques majeurs de la période étudiée.
Présenter la situation politique et économique des grands États qui dominent les relations internationales au lendemain de la Guerre.
Analyser les nouveaux rapports de forces au lendemain de la Guerre.